le système de Law
Le
système de Law
A la mort de Louis XIV, en 1715,
les caisses de l'Etat sont vides. Un écossais, John Law,
propose la création d'une banque qui émettra du papier-monnaie contre de l'or
et prêtera à l'Etat le métal récolté. La solution séduit le Régent qui autorise
en 1716 l'ouverture de la Banque générale qui deviendra Banque Royale en 1718.
L'opération démarre bien, mais la
banque est fragile puisque, ayant prêté son or à l'Etat, elle est dans l'incapacité
de faire face à d'éventuelles demandes de reconversion de ses billets.
Pour poursuivre ses activités, Law
met en place un système ingénieux.

Lettres patentes de 1716
autorisant Law à
créer la Banque générale
Billet
de la Banque generale pour 10 ecus. Ce billet, datedu 20 juin 1718, porte la signature de John Law.
© Musee de Poitiers

Billet gravé de 1000 livres de la Banque royale
du 1er janvier 1720
©
www.cgb.fr
L'opération est bien menée et les
spéculateurs s'y laissent prendre. Le cours des actions de la Compagnie s'envole.
La cadence d'émission des billets s'accélère. Mais la réalité des mines d'or
du Mississipi et plus généralement la solidité de l'entreprise sont bientôt
mises en doute.
La spéculation se retourne. Law qui
a réuni la Banque à la Compagnie et est devenu, au début de l'année 1720,
contrôleur général des Finances a beau faire, en mai 1720 l'expérience prend
fin. C'est la banqueroute.
Les détenteurs de billets et d'actions
sont ruinés. Law s'enfuit. Seule subsiste, grâce au pouvoir royal, la Compagnie
des Indes ; réorganisée en 1722, elle ne disparaîtra qu'en 1769.
En
1717, il fonde la Compagnie d'Occident qui obtient le monopole du commerce avec
la Louisiane. En 1719, il y réunit d'autres sociétés de commerce pour créer
la Compagnie perpétuelle des Indes. Les actions de sa compagnie peuvent être
souscrites par apports de rentes sur l'Etat ou par paiement comptant et la banque
accepte de prêter des billets à cette fin.
La
fin du système vue par un contemporain (extrait
du Journal de Barbier, 1720)
" Hier mercredi, 17 juillet, la rue Vivienne fut
remplie de quinze mille hommes, dès trois heures du matin. La foule
fut si considerable qu'il y eut seize personnes d'etouffees
avant cinq heures. Cela fit retirer le peuple. On en porta cinq au long
de la rue Vivienne ; mais à six heures on en porta trois à
la porte du Palais-Royal. Tout le peuple suivait en fureur ; ils voulurent
entrer dans le palais, qu'on ferma de tous les côtes. On leur
dit que le Regent etait à Bagnolet, qui est une maison
de campagne de Mme la Regente ; le peuple repondit que ce
n'etait pas vrai, qu'il n'y avait qu'à mettre le feu aux quatre
coins et qu'on le trouverait bientôt. C'etait un tapage affreux
par tout ce quartier-là. Une bande porta un corps mort au Louvre.
Le marechal Villeroi leur fit donner cent livres. Une autre bande
se jeta du côtede la maison de M. Law, et ils cassèrent
toutes les vitres ; on fit entrer des Suisses pour la garder. Pendant ce
temps, M. le Regent avait peur ; on n'osa pas faire paraître
de troupes ; Rocheplatte, un de ses officiers de garde, avait fait entrer
cinquante soldats. Quand ils eurent pris leurs mesures en dedans, à
neuf heures, ils ouvrirent leurs portes, et en un moment les cours furent
pleines de quatre à cinq mille personnes. M. Le Blanc, secretaire
d'Etat de la guerre, y vint avec une garde de gens deguises.
M. le duc de Tresmes, gouverneur de Paris, y entra ; tout le peuple entoura
son carrosse ; il jeta de l'argent, même de l'or ; et il eut ses manchettes
dechirees. M.Law y vint aussi dans son carrosse, dans la grande
cour.
Quand son cocher vit cette populace, il commença à dire qu'il
faudrait faire pendre quelqu'un de ces Parisiens. Cette insolence anima
le peuple ; on ne lui fit pourtant rien dans le palais, mais il sortit seul
avec le carrosse. Une femme tenant la bride de ses chevaux lui dit : "
S'il y avait quatre femmes comme moi, tu serais dechiredans
le moment. " Elle avait perdu son mari. Il descendit, et lui dit :
" Vous êtes des canailles ! " Le peuple le suivit, brisa
le carrosse, et maltraita si fort le cocher... qu'il mourra, dit-on, aujourd'hui...
Il ne s'en est guère fallu qu'il n'y ait une sedition entière...
On a enterredes gens morts et cela s'est apaise. Law voulait
sortir, mais on l'en empêcha. Il est demeuredans le Palais-Royal
pendant huit jours sans sortir. Le Regent s'habillait pendant ce
fracas ; il etait blanc comme sa cravate, et ne savait ce qu'il demandait...
Depuis ce jour-là, la banque n'a point eteouverte,
et l'on ne paye nulle part, en sorte que l'on se passe d'argent à
grand peine. Et pourtant on est si accoutumeau luxe et au plaisir...
que malgrela misère generale où on est
(puisque dans les meilleures maisons, il n'y a pas un sol, et que la circulation
des choses necessaires à la vie et à l'entretien, se
fait par credit, tout le monde crie et se plaint), cependant je n'ai
jamais vu un spectacle plus rempli et plus superbe qu'hier, mercredi 20
novembre, à l'Opera... Il est impossible que le Regent,
en voyant tout cela, se repente, ni soit touchede tous les maux
qu'il fait. "
| illustration complementaire |
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17
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18
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